EREVAN (Reuters) - L'opposition arménienne a appelé ses partisans à une nouvelle manifestation, samedi, quelques heures après la dispersion sans ménagements par la police d'un campement établi depuis dix jours dans la capitale, Erevan, pour dénoncer des fraudes électorales présumées.
Plusieurs milliers de partisans de l'opposition se réunissaient quotidiennement place de la Liberté depuis l'élection présidentielle du 19 février, remportée, frauduleusement selon eux, par le Premier ministre Serj Sarksian aux dépens de leur candidat, Levon Ter-Petrossian.
La police anti-émeutes s'est déployée samedi en début de matinée sur la place.
"Nous étions endormis", a dit un manifestant qui campait sur la place. "Ils sont venus et ont commencé à nous battre avec des matraques", a dit cet homme en montrant à Reuters son doigt fracturé. Il a refusé de donner son nom.
Quelques heures plus tard, des centaines de partisans de l'opposition affluaient dans le quartier des ambassades situé à l'écart du centre-ville, en réponse à un appel à une manifestation pacifique lancé par l'entourage de Ter-Petrossian.
La police a déclaré qu'elle était intervenue après avoir appris qu'un coup de force se préparait. Elle précise dans un communiqué avoir saisi des pistolets et des grenades.
"Cette information contredit totalement la réalité", a déclaré à Reuters Stepan Demirchayn, dirigeant du Parti populaire et allié de Ter-Petrossian. "Nous n'avons recours qu'à des moyens pacifiques et Ter-Petrossian l'a réaffirmé".
Un correspondant de Reuters a vu deux véhicules de police aux vitres brisées et aux pneus dégonflés à proximité des lieux prévus pour le rassemblement. Des bottes et des casquettes de policier souillées gisaient non loin.
Il n'y avait aucun signe de présence policière massive aux alentours.
"Avec ou sans autorisation, nous poursuivrons les manifestations parce que les rassemblements et les cortèges ne peuvent être interdits qu'en cas d'état d'urgence", a affirmé Ter-Petrossian à des journalistes.
"Je suis profondément convaincu que même si Sarksian reste, il ne sera pas un président légitime. Je ne doute pas que le peuple ne tolèrera pas cela", a-t-il ajouté.
ESSOUFFLEMENT
Dans son communiqué, la police affirme avoir appris que les manifestants attendaient de recevoir "de grandes quantités d'armes à feu, de grenades, de barres de fer et de matraques (...) pour organiser des provocation et provoquer des troubles".
Elle ajoute qu'elle a eu recours à la force lorsque des manifestants ont commencé à lui jeter des pierres et des barres de fer.
"On a entendu des appels à un coup d'Etat violent. La situation dans la capitale est totalement sous contrôle", poursuit le communiqué de la police.
Au QG de Ter-Petrossian, on fait état d'une douzaine de personnes hospitalisées, dont un policier. On ajoute que neuf militants de l'opposition ont été arrêtés et que cinq autres ont disparu.
L'Arménie est toujours officiellement en guerre contre l'Azerbaïdjan à propos du contrôle du Haut-Karabakh, rattaché à l'Azerbaïdjan par Staline mais peuplé en majorité d'Arméniens.
Des gazoducs et des oléoducs exploités par un consortium dirigé par BP traversent l'Azerbaïdjan à quelques kilomètres de la zone de conflit.
Ter-Petrossian, qui fut le premier président de l'Arménie après l'indépendance, a déclenché les manifestations en affirmant que Sarksian, allié du président sortant Robert Kotcharian, avait eu recours au bourrage d'urnes et à l'intimidation pour l'emporter.
Selon la mission d'observation de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), l'élection présidentielle a dans l'ensemble respecté les engagements de l'Arménie en matière de démocratie, malgré quelques irrégularités.
A leur apogée, les manifestations ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes, mais le mouvement semble s'être essoufflé ces derniers jours.
Les organisateurs affirment vouloir continuer de manifester jusqu'à ce que le autorités acceptent d'organiser un nouveau scrutin.
Version française Gregory Schwartz et Nicole Dupont

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